La lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme (LCB-FT) est une mission imposée par Tracfin à l'ensemble des professionnels de l'immobilier. Elle se traduit par des obligations de vigilance à respecter à chaque transaction et de déclaration en cas de soupçon.qui
1. Qui est concerné ?
Tous les professionnels réalisant des transactions sont soumis à cette obligation. Pour les réseaux de mandataires : les sièges sont concernés, tout comme les mandataires exerçant en nom propre.
Mandats de location : l'obligation ne s'applique que si le loyer mensuel dépasse 10 000 € par bien.
Gestion locative et syndic : ses activités ne sont pas concernées.
En cas de contrôle de ces professionnels, la DGCCRF vérifie sa conformité aux obligations Tracfin et demande en priorité :
la cartographie des risques de l'agence/du mandataire,
la procédure de contrôle mise en place (ce que vous avez déployé pour contrôler les transactions gérées)
les vérifications opérées par le professionnel dans chaque dossier : justificatifs sur l'identité, vérification du registre du gel des avoirs, etc.
2. Le processus à mettre en place avec MyNotary
Tous les administrateurs d'agences ou de réseaux ont accès à un dossier "Cadre général Tracfin - Mon Agence", contenant deux trames : l'engagement du négociateur et le cadre général.
👉 Si vous êtes administrateur et n'avez pas accès à ce dossier, contactez le support (tchat ou [email protected]).
Étape 1 - Préparez votre cartographie des risques
Dossier concerné : Cadre général Tracfin - Mon Agence
Trame concernée : "Le cadre général – protocole interne Tracfin" = la cartographie des risques avec la procédure de contrôle qui doit permettre à chaque négociateur de savoir immédiatement quoi faire lorsqu’un dossier présente une anomalie ou un niveau de risque élevé.
La cartographie des risques est indispensable et sera systématiquement demandée en cas de contrôle de la DGCCRF, elle permet au professionnel de définir les profils et situations les plus fréquents rencontrés lors des transactions passées. Elle doit être personnalisée à l'activité de l'agence/du mandataire, un modèle générique ne convient pas 🚨.
Cette cartographie doit détailler les procédures écrites à suivre selon le niveau de vigilance requis pour chaque dossier, lui-même défini par les risques identifiés (Par exemple, la présence d'une personne politiquement exposée nécessite une vigilance complémentaire et donc le recueil d'autres informations/documents)
💡 Ces informations sont ensuite utilisées lors de la complétion de la fiche d'évaluation Tracfin. Si les réponses diffèrent du profil type défini, une alerte apparaît dans la trame pour informer l'agent d'un risque potentiel.
Comme pour tous les autres actes, la cartographie MyNotary se remplit à l'aide du formulaire situé sur la gauche. Seule la rubrique "Agence immobilière" y figure, car l'objectif est ici de paramétrer la cartographie spécifique à votre agence. Par la suite, ces informations pourront être automatiquement reprises dans chaque fiche d'évaluation réalisée par vos collaborateurs.
Le formulaire recense l'ensemble des situations à risque susceptibles d'être rencontrées lors d'une transaction immobilière. Dans chaque dossier, ces points devront vous amener à vous interroger et à effectuer les vérifications nécessaires.
Pour configurer cette cartographie, voici les étapes à suivre :
Évaluer la fréquence des risques : Dans le tableau des risques, vous devez indiquer la fréquence d'exposition de chaque risque : fréquemment, occasionnellement ou jamais au sein de votre agence.
Renseigner les profils types : Vous devrez définir le profil du vendeur et de l'acquéreur moyens.
Exemple pour le vendeur : couple français d'une cinquantaine d'années ; vente pour acquérir un bien plus grand ou plus petit.
Exemple pour l'acquéreur : couple français d'une trentaine d'années ; acquisition d'une résidence principale ; primo-accédants ; apport d'environ 10 % du prix de vente.
Désigner le référent Tracfin : Vous devez indiquer le nom de la personne responsable de la conformité Tracfin au sein de l'agence. Elle sera chargée d'étudier les dossiers signalés comme à risque par les collaborateurs ou soulevant un doute. C'est également cette personne qui sera habilitée à rédiger les déclarations de soupçon.
Cette cartographie doit être signée et portée à la connaissance de tous les membres de l'agence.
Je suis mandataire indépendant, comment faire ma propre cartographie des risques ?
En tant que mandataire exerçant sur un secteur géographique spécifique et gérant votre propre clientèle, il est indispensable d'établir une cartographie des risques individuelle, plutôt que de vous limiter à la cartographie globale de votre réseau.
Vous n'avez pas besoin d'ouvrir une trame de cadre général. Votre démarche pour votre part se déroule en deux étapes :
L'engagement du négociateur : La base de votre cartographie est d'abord établie à travers le document d'engagement que vous avez signé avec votre réseau ou votre agence.
Les fiches d'évaluation : Votre cartographie y sera intégrée dans votre fiche intermédiaire et vous pourrez l'ajuster si nécessaire. De la même manière, une liste prédéfinie vous sera proposée. Il vous suffira de cocher les risques auxquels vous êtes le plus exposé, ce qui vous permet de personnaliser le document très facilement.
Étape 2 - Informez les collaborateurs sur la réglementation Tracfin
Si vous avez une agence, faites signer un "'engagement du négociateur – protocole Tracfin" à chaque collaborateur de l'agence.
Cette trame informe l'ensemble des collaborateurs sur le protocole Tracfin. Nous vous invitons à faire signer le collaborateur à son entrée dans l'agence ou le réseau, afin qu'il dispose des informations essentielles sur la nécessité de réaliser un Tracfin à chaque transaction.
Si le salarié ou le négociateur doit avoir sa propre cartographie (si zone géographique et clientèle particulière par rapport au réseau/à l'agence), elle sera créée dans cet engagement en répondant aux questions du formulaire : Une liste de risques vous sera proposée pour vous permettre d'indiquer ceux auxquels vous êtes le plus exposé et de personnaliser facilement le document.
Étape 3 - Anticipez les déclarations de soupçon et inscrivez-vous sur ERMES
Rendez-vous sur le site https://tracfin.finances.gouv.fr/ et cliquez sur "demande d'inscription" et choisissez votre profession "professionnel de l'immobilier"
Remplissez le questionnaire, puis désignez votre correspondant et votre déclarant Tracfin. Le correspondant est chargé de communiquer avec le service Tracfin et le déclarant effectuera uniquement les déclarations de soupçon lorsque cela est nécessaire. Il peut s’agir de la même personne pour les deux rôles.
En cas de doutes élevés sur un dossier, c'est sur cette plateforme que le déclarant désigné rédigera et enverra la déclaration de soupçon.
Étape 4 - Formez tous vos collaborateurs
Chaque négociateur impliqué dans les dossiers de transaction doit être formé à la Lutte Contre le Blanchiment et le Financement du Terrorisme (LCB-FT) dès son arrivée à l'agence.
Cette formation doit être spécifiquement adaptée à l'activité d'agent immobilier, en insistant particulièrement sur les risques auxquels vos équipes sont le plus exposées. Par la suite, une mise à jour annuelle des connaissances est vivement recommandée.
Les attestations et preuves de formation doivent être conservées précieusement :
Pendant toute la durée du contrat du collaborateur.
Jusqu'à 5 ans après son départ de l'agence.
💡 La MyNotary Académie met à votre disposition une formation complète dédiée à ce sujet : Guide pratique sur la réglementation Tracfin.
Étape 5 - Rédigez le Tracfin pour chaque dossier assujetti
Une fois votre cartographie rédigée et mise à disposition de toute l'équipe, vos engagements signés et vos collaborateurs formés, place à la pratique !
Chaque dossier doit être rigoureusement examiné par le membre de l'équipe qui en a la charge. Il lui incombera alors de procéder aux vérifications d'identité nécessaires et de demander l'origine des fonds puis faire des rapprochements pour voir la cohérence de l'opération.
Quand contrôler ?
Vendeur : au plus tard au moment de la prise de mandat.
Acquéreur : au plus tard au moment de l'offre.
À noter : Une fois les informations collectées, elles doivent être mises à jour tout au long de l'opération (par exemple, un extrait Kbis obtenu 3 mois plus tôt doit être recontrôlé et actualisé).
Que contrôler ?
Ouvrez une fiche d'évaluation sur MyNotary : elle vous guide dans votre réflexion, vous aide à poser les bonnes questions et à identifier si un risque existe dans l'opération. Vous pouvez vous aider en consultant la liste des critères d'évaluation du risque sur le support MyNotary.
Plusieurs interconnexions vous aident en interrogeant des bases de données à votre place. Pour les activer, cliquez sur le bouton "Lancer l'analyse" à chaque fois qu'il apparaît (pour toute question nécessitant une recherche dans des bases tierces).
Listes des bases intérrogées :
GAFI : pays à risque
Liste des pays et territoires tiers à haut risque de l’Union européenne
INPI : bénéficiaires effectifs
Gel des avoirs
OpenSanctions : sanctions et personnes politiquement exposées (PPE)
BODACC : procédures collectives
Listes européennes des biens gelés
Liste des personnes morales titulaires d’un bien gelé
La plupart des recherches dans les bases de données sont gratuites, à l'exception du contrôle des PPE (Personnes Politiquement Exposées) et des sanctions internationales.
Cette dernière recherche génère un rapport détaillant l'ensemble des sanctions ciblant la personne, y compris le gel des avoirs (référencé sous le nom French National Asset Freezing System), même si ce dernier a potentiellement déjà été vérifié au préalable.
De la même façon, la recherche des bénéficiaires effectifs (BE) est gratuite. Toutefois, une fois les BE identifiés, vous pouvez utiliser vos crédits pour effectuer des contrôles OpenSanctions sur ces derniers.
Ces deux recherches payantes permettent de générer un rapport directement annexé à la fiche.
Quels documents demander au client ?
Les pièces d'identification du client doivent impérativement être obtenues :
Personne physique : CNI ou passeport.
Personne morale : Extrait Kbis de moins de 3 mois et statuts.
L'acquéreur doit également vous justifier de l'origine de ses fonds. En cas de doute, des justificatifs supplémentaires doivent être demandés.
ℹ️ Le RGPD n'a pas d'impact sur Tracfin puisqu'il s'agit d'une obligation légale. Vous êtes donc parfaitement en droit de demander tout document permettant de justifier l'origine des fonds.
La réglementation ne fixe pas de liste exhaustive. C'est à l'agent immobilier de réclamer, en fonction du risque identifié, des documents probants permettant d'établir la provenance des fonds (une simple attestation sur l'honneur n'étant pas suffisante). Selon la situation de l'acquéreur, il peut s'agir de :
relevés bancaires,
actes notariés,
attestations bancaires,
actes de cession,
ou tout autre justificatif adapté au cas rencontré.
La règle d'or : le bon sens. Dès qu'un doute apparaît, recueillez des preuves et documentez vos vérifications. En cas de doute sérieux, effectuez une déclaration de soupçon. Si celle-ci s'avère infondée, elle n'entraînera aucune conséquence pour vous.
3 - Questions fréquentes
Dois-je préparer mon Tracfin si le notaire fait déjà les vérifications ? Oui. Le notaire, la banque et les autres professionnels assujettis effectuent chacun leur propre contrôle, de manière indépendante. Votre obligation reste entière.
Quelles sanctions en cas de manquement ? Les sanctions sont prononcées par la CNS, après un contrôle réalisé par la DGCCRF en agence. Si celle-ci relève de nombreux manquements, elle transmet le dossier à la CNS, qui peut prononcer :
une interdiction temporaire d'exercer,
une amende administrative,
voire le retrait de la carte professionnelle.
Combien de temps dois-je conserver les justificatifs demandés à mes clients ? Tous les justificatifs doivent être conservés 5 ans. Dans les réseaux de mandataires, le réseau doit également conserver ces justificatifs pendant le même délai.









